«Dire que les impôts ne vont pas augmenter, c’est mentir aux Français» Manuel Valls – Libération

liberation-fr-miniInterview de Manuel Valls parue le 12/08/2011 sur Libération.fr

Candidat à la primaire socialiste, le député-maire d’Evry Manuel Valls relance la proposition d’une TVA sociale et demande aux socialistes de «porter un langage de vérité» sur les questions économiques.

Quelle est votre réaction au résultat (0,0%) de la croissance au deuxième trimestre?
Malheureusement, les indicateurs économiques confirment le risque majeur d’une récession dans les pays de la zone euro et en Amérique du nord.

Qu’est-ce qu’un Manuel Valls proposerait pour faire face à la crise?
Nous sommes dans un cadre économique contraint. Ne nous racontons pas d’histoires… Nous pouvons, nous aussi, si nous accédons au pouvoir, être confrontés à la crise, à la tempête boursière, à l’inquiétude généralisée des marchés et à l’attitude des agences des agences de notations.
Il y a une grande difficulté de coordination des pays du G20. La réponse doit donc être européenne: créer une gouvernance de la zone euro, passer au fédéralisme économique. Le fonds de stabilité financière doit pouvoir racheter de la dette des Etats et l’UE doit lancer un grand emprunt européen.

Et sur le plan national?
Il faut plus que jamais investir dans l’avenir: la recherche, l’éducation, la formation, l’innovation… Réduire nos dépenses en décentralisant davantage, en simplifiant les structures administratives – par exemple en supprimant les départements – et en réformant la fiscalité locale. Mais il nous faut aussi trouver de nouvelles recettes: revenir sur la réforme de l’ISF, sur la baisse de la TVA dans la restauration…
Nous devons retrouver des marges de manœuvre car la faute de Nicolas Sarkozy est d’avoir, par une politique fiscale tournée vers les plus fortunés, privé l’Etat de plusieurs milliards d’euros de recettes. Je propose également la création d’une «TVA antidélocalisation» – «de protection», «très sociale», appelez la comme vous le voulez – qui aurait l’avantage de dégager des recettes fiscales tout de suite.

Vous feriez alors porter l’effort sur tout le monde…
Il s’agit de la moduler. Nous pouvons créer de nouveaux taux de TVA et cibler davantage un certain nombre de produits, faire en sorte que les produits de première nécessité ne soient pas concernés. C’est un des moyens qu’utilisent l’Allemagne et les pays nordiques. Nous savons bien que la note AAA de la France est fragile. Nous devons poursuivre nos efforts en matière de maîtrise des dépenses et trouver de nouvelles recettes.

TVA sociale, règle d’or… Vos camarades du PS vont encore vous gronder…
La fragilité de la France nous oblige à faire un effort considérable. La dépense publique ne peut pas être le chemin emprunté. Nous ne pourrons pas dépenser un euro supplémentaire sans mettre un euro de plus en face. En ce qui concerne la règle d’or, j’ai dit que c’était une manœuvre politique de Nicolas Sarkozy. Moi, je suis responsable. Et j’avertis le président de la République: s’il impose un vote au risque d’une querelle entre majorité et opposition, un tel blocage peut provoquer de nouveau une tension sur les marchés! Il doit consulter les formations politiques et s’abstenir de débaucher des parlementaires comme lors de la réforme constitutionnelle de 2008. Dans un contexte d’une telle gravité, il est nécessaire que majorité et opposition se parlent.

Le PS n’est-il pas en train de se faire piéger par la droite? Entre vous et Arnaud Montebourg, les solutions économiques sont radicalement différentes…
Vu l’ampleur de la situation, je propose, avant l’Université d’été de La Rochelle, une rencontre entre les candidats à la primaire pour analyser ensemble ce contexte. Mais la primaire, c’est aussi l’occasion d’un débat démocratique! Et c’est une raison de plus pour porter un langage de vérité aux Français. 300.000 nouveaux emplois jeunes ne sont pas possibles. On ne pourra pas revenir non plus sur la retraite à 60 ans. Il nous faut forcément réformer les impôts et dire qu’ils vont augmenter.

Les Français ne peuvent le comprendre que si ces mesures sont justes : une augmentation ciblée de la TVA, une fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu, une réforme de la fiscalité locale, taxer la rente et l’argent qui dort. Dire que les impôts ne vont pas augmenter, c’est mentir aux Français. Quant à la droite, il faut la mettre devant ses contradictions. Si nous sommes dans cette situation, c’est à cause de sa politique aussi.

Propos recueillis par Lilian Alemagna

Aller sur le blog de Manuel Valls

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À propos de decrockjerome

La politique m'a toujours attirée, et j'ai beau être plutôt jeune, j'ai fait le choix de m'engager dans un parti politique : le PS. Alors oui, ça n'est pas forcément simple pour certains de voir qu'il n'y a pas que des vieux qui s'investissent, mais c'est mon engagement, et j'y tiens !

Publié le 13 août 2011, dans primaires, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Les politiques de droite comme de gauche nous ont fichu dedans avec des dépenses à tout va; rappelons la dénonciation du festif de l’époque Mitterand par je ne sais plus quel écrivain, décédé depuis, rappelons les tribulations mentales des politiques autour de la cagnotte pour savoir comment claquer le fric alors que la France s’enfonçait déjà dans la dette de façon vertigineuse. Les politiques n’ont jamais rien compris et demain ce sera la crise systémique profonde à cause de leurs erreurs répétées, d’autres individus vont sortir du lot pour essayer de retrouver un chemin de croissance après la catastrophe mais ce ne seront pas ceux que l’on entend pérorer à longueur de journée comme on le voit actuellement. Une chose est sûre, dans une entreprise qui fait faillite, le législateur dans sa sagesse a toujours remplacé le dirigeant par un administrateur, pourquoi? Parce lorsque l’on a pas su résoudre les problèmes avant, il est fort probable que l’on en soit incapable après. Car cela s’appelle presque toujours (il y a des cas de malchance mais pas pour un pays qui a accumulé les erreurs sur trente ans) de l’incompétence.

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